Avec beaucoup de tristesse, nous avons appris que la Dre Nicole Lapierre OD MSc, la première professeure à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal, est décédée le 9 décembre dernier à l’âge de 74 ans.
Au nom de toute la communauté de l'ÉOUM, d'anciens collègues lui dédient ce vibrant hommage.
Nous avons été les étudiants de Nicole Lapierre, puis ses collègues sur le corps professoral et nous gardons le souvenir d’une femme de caractère et de convictions. Nous avions une grande estime pour cette pionnière en enseignement clinique de l’évaluation de la vision binoculaire et de l’orthoptique. Diplômée de l’Université de Montréal en optométrie, Nicole appartenait à la promotion 1973, et signe de son engagement et de son implication, elle y occupait la fonction de secrétaire de l’Association des étudiants. Cette promotion est celle qui a vu la promulgation du Code des professions et de la Loi 256 sur l’optométrie où la définition de l’exercice de la profession incluait l’orthoptique, et ce, pour la première fois et de façon explicite. Percevant sans doute la nécessité que ce domaine et ce champ de pratique fassent l’objet d’un enseignement de nature universitaire, Nicole poursuivit sa formation et passa l’année 1973-1974 au State University of New York (SUNY) College of Optometry à titre de résidente dans le domaine de la rééducation de la vision binoculaire. Puis l’année suivante, forte de l’expérience acquise, elle intégra l’École d’optométrie de l’Université comme chargée d’enseignement, avant d’être nommée professeure adjointe en 1978 alors qu’elle menait en parallèle des travaux pour l’obtention d’une maitrise en optique physiologique portant sur un système de mesure objective de l’insuffisance de la convergence. Première optométriste à joindre l’équipe professorale dont la composition demeurait jusqu’alors masculine, Nicole, dès son entrée en fonction, structura le curriculum théorique et clinique ayant pour objet l’évaluation, le diagnostic et le traitement des anomalies de la vision binoculaire. Puis, mettant à profit l’extension des locaux de l’École alors située au 3333 chemin Queen Mary, elle établit et organisa le secteur clinique où s’acquiert l’expérience professionnelle dans ce domaine. L’École d’optométrie lui doit d’avoir mis en place et développé un secteur complet de son programme de formation. Son rôle de pionnière se doit d’être souligné car Nicole a œuvré à un moment où les cohortes étudiantes sont devenues majoritairement féminines; elle a donc été un modèle pour tous les étudiants, plus particulièrement pour celles qui souhaitaient s’impliquer dans l’enseignement. En 1984, Nicole procéda à une réorientation de carrière, elle quitta l’Université et s’engagea dans la pratique en clinique privée avec son conjoint. Une démarche inspirante puisque l’un de leurs sept enfants obtiendra son doctorat de premier cycle en optométrie (OD) à l’Université de Montréal. Enseignante exigeante et rigoureuse, elle était très respectée des étudiants que nous étions alors. Nicole était aussi appréciée pour son expertise dont elle sut faire bénéficier l’Ordre des optométristes du Québec, ou encore l’AQETA, une association pour les enfants en trouble d’apprentissage. Par sa détermination, elle incarnait la volonté de faire évoluer l’École d’optométrie. Ainsi, lors de la réunion des professeurs de l’École où fut discutée l’instauration du programme d’études ad hoc permettant aux optométristes ne détenant que la licence en optométrie (LScO) de pouvoir obtenir le OD, Nicole y fit un plaidoyer vibrant en faveur de sa création. Son intervention porta, car après de multiples débats, le programme fut finalement adopté. Elle s’impliqua par la suite activement à sa mise en place. Il n’est donc pas surprenant que la Dre Nicole Lapierre fasse partie des bâtisseurs de l’Institution, nommés à l’occasion des célébrations du centenaire de l’École. Sa contribution à « l’entrée dans le cursus universitaire de l’approche scientifique de l’orthoptique dans le traitement des problèmes de vision binoculaire » a alors été soulignée. Au nom de l’École d’optométrie, et en notre nom personnel, nous exprimons à son conjoint, à ses enfants et à sa famille, de très sincères condoléances. Nous tenions à rendre un hommage mérité à notre ancienne collègue afin de souligner la reconnaissance que l’École et la profession lui doivent. |